Composition organique des formulations de chlordécone aux Antilles : implications pour la dégradation et les risques sanitaires

La chlordécone (CLD) est un insecticide organochloré utilisé aux Antilles de 1972 à 1993 pour contrôler le charançon du bananier. Trois décennies après l’arrêt de son utilisation, elle persiste dans les sols et a contaminé tous les compartiments environnementaux ainsi que les ressources alimentaires, jusqu’à l’être humain. Son impact sur la santé est désormais avéré, bien qu’il reste probablement encore sous-estimé.

La CLD était appliquée sous la forme de 2 formulations commerciales :  Kepone (1972-1978) puis Curlone (1982-1993), dans lesquelles, elle était diluée à 5% en masse dans une matrice minérale. Jusqu’à présent très peu d’information était disponible sur la composition chimique organique de ces formulations.

Dans cet article publié dans Journal of Hazardous Materials Advances, Hervé Macarie et ses co-auteurs  ont analysé, par chromatographie gazeuse et liquide couplée à la spectrométrie de masse de haute résolution, des échantillons de Curlone provenant de 6 sacs ainsi qu’un échantillon de Kepone de grade technique utilisé pour fabriquer la Kepone à 5%.

Les résultats montrent que pas moins de 68 composés organiques accompagnaient la CLD. Bien que présents à l’état de traces, ces composés devraient être pris en compte dans les études épidémiologiques, notamment celles concernant la cohorte de travailleurs de la banane exposés lors de l’épandage.

Parmi les molécules trouvées, certaines, plus solubles ou volatiles que la CLD, ont pu disparaître des sols depuis longtemps et par conséquent ne pas contaminer aujourd’hui les aliments de la population antillaise. Leur éventuelle détection dans l’environnement devra par contre être interprétée à la lumière de leur présence initiale dans les formulations, avant de conclure qu’il s’agit de produits de dégradation de la CLD.