Depuis la préhistoire, l’être humain utilise des plantes tinctoriales pour colorer tissus, œuvres d’art et objets du quotidien. Parmi elles, les baies de nerprun (Rhamnus cathartica) sont connues pour produire de belles teintes jaunes à verdâtres grâce à leur richesse en flavonoïdes. Ces pratiques ancestrales suscitent aujourd’hui un nouvel intérêt scientifique, notamment pour mieux comprendre la durabilité des colorants naturels et préserver le patrimoine textile.
Dans cet article, publié dans la revue Dyes and Pigments, Marine Chambaud, Lindsay Mas-Normand, Céline Joliot, Carole Mathe De Souza, Olivier Dangles et Gérald Culioli (équipe EECAR-IMBE) se sont intéressés à l’évolution des couleurs de tissus en coton teints avec des baies de nerprun et soumis à un vieillissement lumineux accéléré, simulant jusqu’à 300 ans d’exposition à la lumière de musée. L’objectif était d’observer à la fois l’évolution de leur couleur et la transformation chimique des colorants naturels.
Les observations réalisées montrent que la couleur des tissus teints s’estompe très rapidement. Après l’équivalent de 300 ans d’exposition à la lumière, les tissus teints apparaissent totalement blancs, signe d’une dégradation complète des colorants naturels.
Cependant, grâce à une approche innovante de métabolomique par LC-MS, les chercheurs ont pu détecter et identifier de nombreuses molécules issues de la plante tinctoriale, et ce même lorsque la couleur avait visuellement disparu. Ces résultats montrent que des traces de colorants naturels, tels que des flavonoïdes et des anthraquinones, persistent dans les fibres et peuvent encore être révélées par des techniques analytiques avancées.
Cette étude met en évidence le potentiel de la métabolomique pour mieux identifier les colorants dans les textiles anciens, contribuant ainsi à une meilleure conservation du patrimoine et à une amélioration de notre connaissance des savoir-faire traditionnels.