12 October 2026 @ 14h00 - 16h00
Madame Charlotte Rault doctorante à l’IMBE, soutiendra publiquement ses travaux de thèse le lundi 12 octobre 2026, à 14h dans la salle de conférence du CEREGE à l’ARBOIS.
In front of a jury made up of :
- Ana RODRIGUES Rapporteuse, CNRS Montpellier
- Jean-Baptiste MIHOUB Rapporteur, Sorbonne Université
- Caterina PENONE Examinatrice, CNRS Université Grenoble Alpes
- Raphaël GROS Examinateur, Aix-Marseille Université
- Frédéric MÉDAIL Président du Jury, Aix-Marseille Université
- Yoann PINGUET Directeur de thèse, Aix-Marseille Université
Summary of work:
La migration permet à de nombreuses espèces animales d’exploiter des ressources saisonnières et de faire face aux variations environnementales. Chez les oiseaux, elle est particulièrement fréquente et conduit à la coexistence d’espèces migratrices et sédentaires au sein des communautés. Pourtant, les mécanismes qui déterminent l’équilibre entre ces deux guildes restent peu compris.
Cette thèse étudie l’assemblage de ces guildes dans les communautés d’oiseaux nicheurs de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Elle s’appuie sur les données de science participative de la LPO PACA et porte sur 224 espèces, dont 75 migratrices de longue distance et 149 sédentaires ou migratrices de courte distance. Les analyses ont été réalisées sur des mailles de 5 × 5 km, adaptées aux espèces mobiles et à l’étude conjointe du paysage et des interactions biotiques.
Le premier article montre que l’assemblage des migrateurs et sédentaires résulte d’interactions entre altitude, richesse spécifique et structure du paysage. Les communautés les plus riches présentent davantage de migrateurs, surtout à basse altitude. Ce résultat suggère un mécanisme d’attraction hétérospécifique, les migrateurs s’installant préférentiellement dans des habitats riches en espèces sédentaires, indicatrices de leur qualité. Avec l’altitude, cette relation s’atténue et les migrateurs deviennent sous-représentés, traduisant un effet croissant du filtrage environnemental, qui limite l’installation des espèces. Les effets de la structure du paysage varient également selon l’altitude, indiquant que les mécanismes structurant l’équilibre entre les deux guildes évoluent le long du gradient altitudinal.
Le second article teste l’hypothèse selon laquelle les traits fonctionnels permettent de distinguer le rôle des interactions biotiques et du filtrage environnemental dans l’assemblage des communautés. Les résultats révèlent des profils fonctionnels distincts entre guildes, liés à leur capacité de déplacement et à leur utilisation des ressources. À basse altitude, une plus forte représentation des migrateurs est associée à une forte redondance fonctionnelle au sein de cette guilde, renforçant l’hypothèse d’une attraction hétérospécifique. À l’étage montagnard, les migrateurs sont davantage représentés lorsque les deux guildes occupent des positions fonctionnelles plus distinctes, suggérant que la différenciation des niches favorise leur co-occurrence. L’ensemble indique une diminution progressive des interactions biotiques au profit des contraintes environnementales avec l’altitude.
Le troisième article étudie la représentation des dimensions taxonomiques, migratoires et fonctionnelles de la biodiversité aviaire dans le réseau régional d’aires protégées. Les analyses révèlent une faible congruence spatiale entre ces dimensions, puisque seules 7,5 % des mailles présentent simultanément des valeurs élevées pour l’ensemble d’entre elles. Malgré une meilleure représentation des dimensions migratoires dans les Zones de Protection Spéciale, près de la moitié des mailles à forte biodiversité multidimensionnelle demeurent insuffisamment protégées. Ces résultats soulignent l’intérêt d’une approche multidimensionnelle pour identifier des priorités de conservation complémentaires à celles fondées sur la seule richesse spécifique.
Dans son ensemble, cette thèse montre que l’équilibre entre migrateurs et sédentaires résulte de processus déterministes associant gradients environnementaux, interactions biotiques et structure fonctionnelle des communautés. Les résultats révèlent un basculement progressif des mécanismes d’attraction hétérospécifique vers des mécanismes de filtrage environnemental à mesure que l’altitude augmente. L’approche multidimensionnelle relie la compréhension des mécanismes d’assemblage aux enjeux de conservation.